Le syndrome du coffre à jouets

Avertissement

Cet article pourra surprendre. En effet, contrairement aux précédentes publications de ce site, il est un peu plus réflexif. Je livre ici non pas une analyse d’un phénomène technologique mais plutôt une réflexion personnelle sur le monde qui nous entoure…

Bonne lecture
François

Le mal bourgeois

Depuis le Moyen-âge l’argent joue un rôle pacificateur : il a été démontré que l’émergence de la bourgeoisie, accompagnant le développement des villes, fut une des réalités qui a permis la pacification de l’Europe. Quand on a du bien, on ne part pas en guerre, au risque de perdre le fruit de son travail. A part quelques rares moments dans l’histoire (Révolution française) la bourgeoisie a été un élément pacificateur de la société, précisément parce qu’elle a développé un grand sens du patrimoine.

Le patrimoine, tout est là : accumuler du bien pour assurer le bonheur de ses enfants et pérenniser la lignée. Tout est dans cette véritable philosophie de vie qui sert de modèle à ceux des peuples qui furent les plus conquérants de toute l’histoire…

Il est frappant de constater que le mode de vie bourgeois constitue une sorte d’idéal de la vie en société pour l’Europe occidentale : vivre confortablement, à l’abri du besoin, en protégeant ses enfants… tout  le monde rêve de ça… même les prolétaires qui, riches de leur seule force de travail, voient l’enrichissement comme une marque de réussite et d’ascension sociale. Ils visaient autrefois l’ascension sociale par les études et le mérite… ils rêvent aujourd’hui de gloire sportive… Autre temps, autres moeurs, même rêve.

Juste parce que c’est un sujet d’actualité en ce moment : le fameux mariage *pour tous* revendique, lui aussi cette approche *bourgeoise* des choses : le vrai sujet du mariage pour tous ce n’est pas l’amour (comme on essaye de nous le faire croire) mais la légitimation des enfants qui, seule, permet une organisation pérènne du patrimoine.

La plupart des partis politiques, toutes tendances confondues, mettent dans leurs programmes des mesures à même de favoriser l’accession à la propriété… une France de propriétaires, le rêve ultime d’une France plus bourgeoise que jamais !

Le fantasme de la consommation

Dans la deuxième moitié du XXème s.  le crédit, qui a accompagné le développement de la société de consommation a permis un effet de levier très fort : tout pouvant s’acheter à crédit et en particulier le logement et les biens d’équipement. Ainsi, le crédit a-t-il permis le développement d’une middle class très importante en pourcentage de la population. C’est cette middle class qui constitue la réalisation d’une société faisant de l’égalité un grand rêve collectif.

C’est la réalisation du vieux dicton populaire : abondance de bien ne nuit pas.

Ici se situe le cœur de la société de consommation : dans un contexte de confiance, on travaille pour gagner de l’argent et cet argent permet de consommer. La consommation a également une dimension sociale. On consomme aussi pour exister dans la société.

Des années durant ce modèle n’a pas été remis en cause. C’était un modèle simple, un modèle au premier degré. Un modèle une pour une société de consommation triomphante dans un époque de croissance.

C’est ça, le syndrome du coffre à jouets

Vers la Pyramide de Druel de la consommation

L’arrivée d’une crise plus *durable* que les précédentes associée au fait que le niveau intellectuel de la *middle class* a globalement progressé (80 % d’une classe d’âge au bac, ça veut dire que 80 % d’une classe d’âge fait de la philosophie et apprend à penser par elle-même) a permis l’émergence d’une sorte de *contre culture* de la consommation, dans la droite ligne d’ailleurs des mouvements de la contre-culture des années 50 et 60 qui ont connu leur apogée en 1968.

Dernier avatar en date de la société de consommation, donc : l’entrée d’un paramètre qualitatif. Et si on remplaçait le principe du “toujours plus” par un autre, celui du “consommer  mieux”, voire (avec une dimension morale) consommer bien. Ici la logique purement économique (course au moins cher, logique des optimum) est remplacée par celle, plus pernicieuse, de l’éthique.

Et de voir apparaître la consommation équitable, durable, locale etc.

Consommer n’est plus un en-soi auto-réalisateur. Dans une société qui a évolué, une société où la population est éduquée, il faut des objectifs de vie plus conceptuels. Finalement, dans la sociologie de la consommation, on pourrait tout à fait construire une sorte de pyramide de Maslow :

Consommation de réalisation
(équitable, éthique, durable et autres sornettes)
 

Achats de vieillissement
(retraite, assurance obsèques, donation-partage)
 

Achats d’embourgeoisement
(consommation, éventuellement défiscalisation)
 

Achats de protection
(épargne de long terme,  assurance-vie, protection des enfants…)
 

Achats de sécurité
(premier stade de la patrimonialisation : appartement, maison, meubles de confort)
 

Achats de nécéssité
(stade de survie: pain, pâtes, vin, meubles de nécéssité)

Emergence de la consommation post-consumériste

Or, après des décennies de pratique dans un contexte de croissance économique, la société de consommation, celle de l’embourgeoisement, s’avère castratrice. Dans un contexte de crise, en effet, essentiellement par peur du lendemain, c’est-à-dire par manque de confiance, on assiste à un comportement nouveau : la peur de manquer. Sur-abondance d’épargne ne nuit pas non plus… mais elle fige la consommation. C’est là qu’arrive la consommation de réalisation.

Par ailleurs, la société de consommation ne représente pas un but en soi. Cette prise de conscience — assez récente — est à l’origine d’une nouvelle dimension dans la consommation ; ce que j’appelle la consommation de réalisation : en consommant mieux on se réalise soi-même.

Cette consommation de réalisation peut-être vue comme le stade post-consumériste de la consommation. L’approche purement économique, qui bien souvent consiste à acheter moins cher est remplacée par une approche plus intellectuelle : consommer mieux pour soi ou mieux pour autrui, voire pour autre chose.

Ici l’analyse commence à perdre son latin : la consommation de réalisation, en effet, ne remplace pas les autres ; elle cohabite avec les formes classiques de consomamtion.

Pour reprendre l’expression d’Edgar Morin, on passe de l’analyse systémique à l’analyse de la complexité.

Le même consommateur peut toutà la fois (et parfois même dans le même acte d’achat) consommer le moins cher des produits, vu comme une commodité (de la vaisselle ou du papier toilettes) et un produit durable ou éthique ou autre qualificatif de l’alter-consommation, tout simplement parce que dans cet autre domaine de la consommation, il a une envie d’éthique ou de durable ou de bio ou autre (des oeufs ou du vin)…

On achète un iPhone pour stocker des milliers de photos, des nouilles premier prix et du beurre bio AOC. Il n’y a pas opposition mais complexité.

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