Facebook ne fait que monétiser les graphes sociaux

Sur une idée de Tristan Nitot (@nitot sur Tiwtter), je vous propose une traduction (parfois adaptée : j’ai mis quelques remarques en notes et j’ai ajouté quelques liens pour faciliter votre lecture) d’un texte du blog de Monty Munford dont le titre original est Little Grey Cells #6… People don’t realise Facebook is all about monetising social graphe

Naturellement, je vous invite à commenter et à réagir à cet article.
François

Les gens ne réalisent pas que Facebook n’est qu’une affaire (1) de monétisation des graphes sociaux

Douglas Rushkoff, qui fut un temps le clavier du groupe de rock industriel Pychic TV, est l’auteur de dix best sellers(2) sur les média et la culture populaire qui ont été traduits dans plus de trente langues.

Il intervient sur CNN en tant que spécialiste des technologies et des média, a donné des conférences et des cours sur les média, la technologie et l’économie partout dans le monde. Le dernier de ses livres (3) en date : Program or be Programmed, ten commands for a Digital Age, dissèque nos relations avec la programmation et, dans notre monde numérique, se pose en véritable appel aux armes (4). Little Gray Cells a pu l’interviewer… (5)

Alors Douglas, vous pensez réellement que les vrais gens, les gens normaux devraient apprendre à programmer ?

Oui. S’ils ne le font pas aujourd’hui, ils le feront l’année prochaine, dans les dix prochaines années ou au siècle prochain. Quand l’humanité a découvert la parole (6), nous n’avons pas seulement appris à écouter mais également à parler. Quand nous avons découvert l’écriture (7), nous n’avons pas seulement appris à lire mais également à écrire. Aujourd’hui que nous construisons des ordinateurs, nous ne devons pas nous cantonner à rester de simples utilisateurs, nous devons apprendre la programmation (8).

Ça va sans doute prendre un moment – jusqu’au moment où un groupe de hackers (9) va arrêter le système informatique des banques ou simplement jusqu’au moment où les gens réaliseront que nous habitons dans un environnement façonné par l’homme et dont nous ne savons rien, ou presque. Personne ne sait réellement pourquoi ont été conçus les mondes dans lesquels nous vivions (10).

Les gosses passent du temps sur Facebook en croyant de bonne foi (11) que la finalité de ce service (12) est de les aider à créer des relations amicales. Ils n’ont pas conscience (13) que l’objectif réel est de monétiser leurs graphes sociaux. Ils ne sont pas des clients du service, ils en sont le produit. Et donc, même s’ils ne savent pas programmer (14), ils doivent être capables d’identifier les travers des services qu’ils utilisent (15). Ils doivent connaître les fondations qui ont permis la construction de cet univers et, tout simplement, ce qu’est le code (16).

Cela ne revient-il pas à demander à tous les conducteurs de voitures de devenir mécaniciens ? Pourquoi ne pourrait-on pas rester de simples conducteurs et pas des mécaniciens ?

Il est heureux que nous soyons tous des conducteurs, mais en réalité nous ne le sommes pas. Je ne parle pas d’une différence entre un mécanicien et un conducteur, dans laquelle un utilisateur serait sensé savoir démonter son ordinateur (17) et remplacer l’alimentation électrique ou la Ram (18).

Ce dont je parle, c’est de la différence entre un conducteur et un passager. Un passager n’est pas le vrai utilisateur de la voiture. Si un passager ne connait rien à la voiture, ni comment elle fonctionne, il lui faut se reposer totalement sur le conducteur pour voir le monde (19). Y’aurait pas un supermarché par là ? Tu m’emmène où ?

Un utilisateur qui ne connait pas du tout la programmation (20) est, lui aussi, assis sur la banquette arrière de la voiture, avec des rideaux qui occultent les vitres — ou plutôt des écrans vidéos qui remplacent les vitres. Il peut tout à fait emprunter les meilleurs chemins pour arriver aux meilleurs endroits… ou pas ! Il lui faut faire confiance au conducteur.

Je ne fais pas plus confiance aux conducteurs des logiciels et des sites Web qu’aux gens qui conçoivent des publicités et des jeux pour la télévision. Je suis certain que ce sont des gens bien, mais je ne pense pas qu’ils se préoccupent avant-tout de préserver mon intérêt.

Parmi eux, certains mais pas forcément tous (21) se soucient avant-tout de faire gagner de l’argent à leur entreprise (22) plutôt que de se m’apporter quelque chose, à moi ou au potentiel que je représente, en tant qu’être humain. J’espère que cela ne vous parait pas relever d’un cynisme éhonté (23). Mais je pense que la majorité de vos lecteurs seront d’accord pour reconnaitre que quelques-unes au moins des entreprises de la Planète font passer le profit avant la générosité (24).

Et si tel est le cas (25), alors nous devrions pouvoir disposer des moyens nous permettant de savoir si les services que nous utilisons pour nous exprimer ou pour nous engager envers les autres ou pour gagner notre vie travaillent réellement pour nous (26).

Auriez-vous changé ? A en croire vos premiers livres, vous semblez aimer la technologie (27) ; dans cette interview, cela ne semble plus être le cas.

Non, pas du tout. J’apprécie toujours la technologie et j’apprécie toujours les gens. Mais je n’aime pas ce que beaucoup de gens et de nombreuses entreprises sont en train de faire les uns aux autres grâce (28) à la technologie. Je pense que j’étais plus optimiste par le passé. Je pensais que ces technologies seraient intrinsèquement libératrices. Je pensais qu’elles aideraient les gens à se libérer des contraintes avilissantes de la pensée commerciale (29).

Mais dans de nombreux cas, il semble qu’elles n’ont eu pour seule conséquence que d’amplifier les effets du marché. Les gens ne gagnent pas vraiment en temps ou en efficacité (30). Et je pense que le chemin vers une utilisation de la technologie à des fins de développement personnel commence par la compréhension de ce que sont réellement ces outils et comment ils fonctionnent.


Notes de traduction

1- Pas facile de rendre l’expression is all about
2- Je garde ici l’expression anglo-saxonne qui désigne, comme on sait, un livre à succès
3- Un titre de livre ne se traduit habituellement pas littéralement. Néamoins, on pourrait traduire par Programmez ou soyez programmé, les dix commandements pour (survire) à l’ère numérique.
4- Ici j’ai un peu adapté la traduction en restant, je pense, fidèle à l’esprit du texte. Littéralement l’auteur parle de langage informatique.
5- Je ne traduis pas le titre original de la rubrique du blog. Littéralement l’auteur indique a pu obtenir quelques réponses…
6- Littéralement l’être humain a appris la parole. je traduis par découvert afin d’éviter des répétitions.
7- Littéralement a appris le texte. L’adaptation est ici nécessaire.
8- Ici encore j’adapte, notamment pour rendre le sens impératif donné par le verbe should
9- Volontairement, je ne traduis pas le terme hacher qu’un raccourci trop rapide ferait traduire par pirate, ce qui serait réducteur !
10- Ici l’auteur parle des mondes informatiques, naturellement. On pourrait traduire, de façon peut-être plus lourde par quelle est la finalité réelle des mondes…
11- Ici j’adapte l’expression actually believing qui insiste sur une croyance réelle.
12- Ici l’auteur parle de Facebook comme d’un programme. J’ai adapté.
13- Littéralement ils ne réalisent pas
14- Littéralement écrire des programmes
15- Littéralement de reconnaitre les biais
16- Ici l’adaptation est nécessaire à la compréhension. Littéralement ce qui est une condition pré-existante de l’univers
17- Littéralement un (ordinateur) portable. j’adapte pour faciliter la compréhension.
18- Il s’agit de mémoire vive. Je laisse le terme anglo-saxon, devenu universel !
19- Là encore j’ai adapté, car la traduction littérale a peu de sens : il doit dépendre totalement du conducteur pour sa réalité
20- Littéralement l’utilisateur sans aucune connaissance en programmation
21- Littéralement je pense qu’au moins certains d’entre-eux
22- Littéralement sont plus intéressés par gagner de l’argent que par…
23- Littéralement que cela ne sonne pas outrageusement cynique
24- Littéralement font passer le profit avant l’humanité. J’adapte cette phrase pour garder le sens de la formule recherchée par l’auteur. Arrivant en fin de paragraphe, cette phrase claque comme un slogan, ce que je cherche à rendre.
25- Littéralement et si c’est vrai
26- Ici j’ai beaucoup adapté. En effet, la traduction littérale aurait peu de sens : alors nous devrions être dans une situation où nous avons certaines capacités de jauger si les programmes que nous utilisons (…) travaillent en notre nom
27- Volontairement, je laisse ici le terme technologie, au singulier. On pourrait traduire par nouvelles technologies ou technologies de l’information et de la communication (les fameuses TIC !). Mais d’une part ces termes me semblent désuets et d’autre part, au travers de l’informatique, il me semble que l’auteur désigne toutes les technologies programmables. On pourra me reprocher ce parti-pris ;)
28- Le terme anglais utilisé est throught, littéralement au travers, qui est plus neutre que l’expression grâce à. Ici je privilégie la lisibilité en français. on pourra me le reprocher également ;)
29- Ici je suis obligé d’adapter le paragraphe car le ton de l’auteur est plus lyrique. En particulier, je traduis exploitative non pas par >em>exploitante mais par avilissante, qui est un un terme un peu plus fort de sens. De même, j’ai découpé en phrases plus courtes pour rendre au mieux les idées exprimées.
30- Attention, ici ce cache une difficulté ! l’expression or agency so far revoie à un sens secondaire du terme agency : une action en vue de produire un résultat (merci à l’Oxford American dictionary)

One Comment

  1. Je suis partiellement d’accord.
    Aujourd’hui nous cherchons à sensibiliser les enfants pour des choses moins primordiales que la sécurité, les drogues, le comportement et les études.

    Facebook, à sa création n’avait pas de telles vocations.
    Ce réseau social se voulait se voulait être un réseau communautaire très sélecte…

    Cordialement

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