De la démocratie en occident

Derrière l’affaire Charlie hebdo, qui attriste le monde entier, se trouve une question finalement simple : qu’appelons-nous démocratie en occident ?

Dans les nombreuses composantes de la démocratie, il y a la liberté de conscience, dont la liberté d’expression n’est qu’une conséquence.

C’est un des acquis majeurs de la Révolution française. Rien de transcendant là dedans… sauf que la liberté de conscience est une arme d’une puissance démoniaque (si je puis dire, dans ce contexte). C’est ce qui fait que, à chaque fois que se créée une culture, on peut également créer une contre-culture.

En occident, et depuis le siècle des lumières, toute culture peut engendrer sa contre-culture. La société de consommation des années 50 et les Beatniks à San Francisco, De Gaulle et Cohn Bendit en 68…

Dans cette approche, le droit de croire ne saurait exister sans accepter parallèlement et à égalité le droit de ne pas croire.

Le droit de dire que le Prophète est sacré ne saurait exister sans accepter parallèlement et à égalité le droit de le trainer dans la boue.

Ce qui fait la valeur de la sacralité c’est précisément la possibilité de la remettre en question. L’un ne peut aller sans l’autre. Pour le dire avec des mots plus fort : ce sont des notions consubstantielles.

On peut même appuyer là où précisément les religions ont du mal : peu importe le droit de croire ou de ne pas croire. Les deux se valent. A chacun de faire selon sa conscience ou — et ici le terme est lourd de sens — son libre arbitre. Ici chacun aura reconnu le relativisme, bête immonde s’il en est pour les religions, catholicisme en tête (et Islam pas loin derrière ;-)).

On peut même aller plus loin et généraliser : ce qui donne du sens à une thèse c’est l’existence même (ou la possibilité d’existence) de son anti-thèse. Sans contre pouvoir, le pouvoir n’a pas de sens.

Toute la démocratie tient précisément dans cette coexistence qui ne saurait être que pacifique. C’est là qu’arrive le corollaire de la démocratie, la tolérance.

La tolérance constitue à la fois le moteur et la condition de survie de la démocratie. Si chacun peut penser ce qu’il veut il doit également admettre la réciproque, ce qui, étendu à un continuum, amène à un fameux adage, qui s’applique aussi à la conscience : la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

La limite, car il y en a une, est double : nul ne saurait contrevenir à l’ordre public ou aux bonnes moeurs. En clair, on pense ce qu’on veut tant qu’on ne crée pas d’émeute… la notion de bonnes moeurs, elle, est plus difficile à définir car elle est très contextuelle.

Certains analystes disent que le niveau de démocratie d’un pays se juge à sa capacité à accepter la critique. Par opposition, nier la possibilité d’un contre-pouvoir, c’est créer un totalitarisme ; c’est la définition même du terme… et c’est l’anti-thèse de la démocratie.

La liberté absolue de conscience constitue un préalable

Pour conclure, c’est ça que les occidentaux appellent démocratie et c’est à cette conception de la démocratie que l’Islam va devoir s’adapter pour exister en occident, comme les autres religions du Livre l’ont fait auparavant. Avant même de discuter d’autre chose, cette conception de la liberté absolue de conscience constitue un préalable.

Evidemment, on en est encore loin ! Mais un jour on y arrivera… et je suis de plus en plus persuadé que cette capacité de remise en question des choses est en fait une des composantes au coeur de ce qui fait l’humanité de l’homme et que les musulmans comme les autres y arriveront un jour.

Dans les pays arabes, les égyptiens, les tunisiens et les autres pourront toujours défiler dans les rues et renverser les pouvoirs : tant qu’ils n’auront pas compris ça, ils n’auront pas avancé d’un pas !

Pour faire du B-A ba : on peut être Egyptien ou Tunisien ou autre et n’être ni musulman ni chrétien ni juif ni rien. Les questions de conscience sont des choix, pas des caractéristiques de cartes d’identité. Le jour où les égyptiens, les tunisiens et les autres accepteront ce postulat, ils auront fait un pas vers la démocratie. Sans ça, ils resteront dans la nuit de l’ignorance.

Ce qui est dommage (et même un énorme gâchis quand on y pense) c’est que dès aujourd’hui l’Imam de la mosquée d’Al Azhar, Ahmed el Tayeb, n’est pas très loin de ces positions humanistes. Déjà au plein milieu de la révolution égyptienne, il avait même publié des déclarations pleines d’espoir en ce sens. En dépit de tout et malheureusement pour lui, j’ai l’impression qu’il prêche dans le désert !

Bref, le problème de nos amis musulmans c’est que l’Islam de 2015 n’est pas tout à fait prêt à voir les choses comme ça. C’est ici que se trouve l’enfer dans lequel vit l’Islam en France….

Partant, deux chemins sont possibles, à mon avis aussi improbables l’un que l’autre : l’un mène vers la théorie du grand remplacement et l’autre vers l’élimination radicale… les deux sont irréalistes. Reste la troisième voie, médiane : chercher ensemble quelle société on veut construire pour nos enfants. Et là non plus c’est pas gagné !

Un jour, il va bien falloir inventer un islam de France, tout comme il y a un catholicisme de France. Un clergé musulman français pour les musulmans de France…. et ça non plus c’est pas gagné !

Dans cette démarche de dialogue constructif que nous devons avoir entre français, entre tous les français, il y a des points sur lesquels les français de culture catholique (dont je suis) vont devoir s’assouplir.

Il y en a d’autres, dont la liberté absolue de conscience, pour lesquels, comme les douze martyrs de Charlie hebdo, je suis prêt à mourir.

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